
Les mots
Quand tombe le soir
Se croient tout permis.
Ils sonnent comme angelus
Et ondulent sous les doigts
Savants et malicieux,
Comme de capiteuses amantes
Entre deux rêves.
Les mots
Les mots se cachent , les mots se donnent
Et dansent sur des fils tissés
Dentelle arachnéenne
Irisée du souffle de la lune mauve
Qui s'efface entre rêves et nuées
Et toi
Debout entre deux mots
Une main sur chaque rive
Les pieds plantés dans le marais
Tu voudrais les chanter
Vers de Verlaine.
Vers de Rimbaud
Qui te rongent l'âme
Et tu sues les larmes de désir
Alors que dans ton ventre
Le mal se fond
Le mal s'enfonce
Délire sans fond
Les mots
Les mots vaguent
Ton corps divague
Et ton regard ébloui
Caresse le ciel si haut
Qu'une fêlure tinte dans l'azur
Qu'une ride frissonne si fort
Que les mots en pâlissent
Se font lisses et s’enlisent
Images convenues – revenues - venues – nues
Images que l'on croyait oubliées
Mots auréolés
Aréoles confiées
Mots confidences dansent intenses
Et mon corps s’émeut
Mon corps encore
Qui crie des mots.
Des maux
Qui crient
Et se posent
Sur ta peau…
Mes maux
Mes mots
Qui glissent
Qui glissent
Sur tes hanches blanches
Et ma bouche
Qui poursuit
Qui poursuit mes mots
Les rattrapent
Les happent
Les fait miens
Les fait tiens.
Et nos voix
Qui se fondent
Profondes
Citent et récitent
Nos murmures qui soupirent
Les mots
Les vers
Les souffles qui me nous viennent
Me nous transpercent
Me nous disent
Images
Sages
Images hirsutes et débraillées
Sur velin d'Angoulême ou d'ailleurs
Images de mots
Qui sonnent
Comme sonnent les heures
Aux beffrois des villes du Nord
Quand tombe le soir
Et que les mots malicieux
Ondulent sous nos doigts
Et dans nos coeurs.