Naelle Coquelicot aux vers rubis


   Age : 16 Inscrit le : 27 Juin 2006 Messages : 228 Localisation : Metz Emploi : Lycéenne
| Sujet: Et puis y'a elle. 23/12/07, 09:12 pm | |
| Et puis y’a elle.
Elle se redresse presque inconsciente. Essaye d’ouvrir les yeux mais tout est flou autour d’elle. Il fait sombre et cruellement chaud. Elle sue et s’essuie le front. Il est plein de sang, elle se rassoit. Son problème c’est qu’elle ne sait pas, elle ne sait plus.
_ Oh Yaël, je ne sais pas grand-chose d’elle. Elle n’est pas bien grande et plutôt menue. Des yeux incroyablement noirs qui se confient à chaque regard. Une fine bouche qui ne sourit pas vraiment mais qui hurle au baiser. De longs cheveux qui ondulent jusque dans le creux de son dos et…j’en suis amoureux.
Une odeur de bière lui monte à la tête. A présent elle est assise contre le mur sale. Elle ne sait pas d’où viennent ces mots qui résonnent au fond de sa tête vide. Elle est horriblement seule et cette voix continue…
_ Je ne lui ai jamais parlé mais j’aime l’écouter. Sa voix n’est pas désagréable, entre le grave et le doux. D’ailleurs elle correspond à son attitude, entre grunge et punk. La plupart du temps en baggy et entourée de mecs. Vous arrivez à comprendre qu’une fille avec un prénom pareil et qui est la débauche incarnée soit la même femme ? Je sais que Yaël joue du piano comme personne, c’est ma musique à moi cette nana.
Elle sait maintenant qu’elle est enfermée. La pièce n’est pas très vaste, les murs sont défoncés. Ces yeux se sont habitués à la noirceur et elle arrive presque à se mettre accroupie. Elle n’a plus peur, plus vraiment en tout cas. Ses genoux sont ouverts et le sang coule encore un peu. Elle l’entend goutter au sol. Son cœur bat excessivement lentement. Elle est trop calme. Elle a toujours su rester calme. Elle écoute le silence.
_ Je crois que personne ne la connait mieux que moi et pourtant elle ne sait même pas que j’existe. Je suis toujours là. J’aime sa respiration, mais ce que j’admire c’est sa capacité à se sortir de n’importe qu’elle situation délicate. Yaël a dix-sept ans au fait, et moi je suis fou d’elle depuis que je l’ai vu pour la première fois, il y a cinq ans. Elle n’a pas changée, quelques piercings en plus, maquillée, elle s’est construit sa carapace. Elle est si fragile à l’intérieur.
Elle se relève. Ca va bientôt faire dix minutes qu’elle entend ce type la décrire. Elle ne connait pas sa voix. Elle ne le connait pas c’est vrai. Mais lui, il l’a peint si bien… Elle se demande comment il sait pour le piano, c’est son secret. En fait non, elle n’a plus de secret. Il sait tout et elle tellement peu.
_ Savez-vous pourquoi je l’aime ? Pourquoi je lui donnerais mes tripes ? Pourquoi c’est elle que je veux et pas une autre ? Parce qu’elle est femme. Parce que ma Yaël aime vivre mais déteste la vie. Parce qu’elle ne s’habille qu’en noir, gris et blanc. Parce qu’un jour elle a décrété qu’elle ne tomberait jamais amoureuse. Et que moi je suis là pour lui montrer qu’elle a tort.
Elle sait que la voix ne provient pas du fond de ses pensées mais de la pièce d’à côté. Elle n’identifie toujours pas cet homme. Elle se demande comment il sait tout ça. Il y a des choses qu’elle n’a même jamais dites à qui que ce soit. Et pourquoi elle l’aimerait ? Elle arpente maintenant les lieux. La pièce paraît plutôt rectangulaire. Elle arrive à déchiffrer quelques inscriptions. Elle est étonnée, partout il est écrit, gravé, taggué son prénom. En grand, en petit, dans différents alphabets, jamais en couleur. Elle se demande pourquoi personne ne répond à ce type. Ou alors c’est elle qui veut seulement entendre sa voix. Elle ne sait pas, elle ne sait plus et cette sensation ne lui plait pas. Elle ne sait toujours pas où elle se trouve. Son corps est dans un piteux état. Elle a mal.
_ J’aime cette fille car elle déteste ne pas savoir. Elle n’aime pas être dans le doute et elle redoute l’enfermement. Elle est illusion, j’ai cru qu’elle n’avait peur de rien mais c’est totalement faux et impossible. Puis j’ai trouvé son point faible, enfin. Elle a peur qu’on l’aime, c’est pour cette raison qu’elle est détestable et que moi je l’aime tellement. Je lui mets sa peur en pleine figure.
Elle est figée. Elle n’en croit pas ses oreilles. Elle essaye de comprendre, en vains. Elle colle les morceaux les uns aux autres. Ce mec l’aime. Il l’a connait sur le bout des doigts. Et il lui invente une peur. C’est totalement grotesque. C’est ridicule à souhaits. Elle ne veut pas le croire, elle voudrait juste se réveiller.
_ Je sais que tu m’écoutes ma belle. Je t’aime, le savais-tu ? Je t’aime à en mourir, en mourir tu entends ? La mort et la passion, quelle belle union tu ne trouves pas ? Je sais que tu t’en fou de moi, tu ne m’as jamais vu, je n’ai jamais compté, pas un seul de tes regards…
Elle appuie sa tête contre le mur. Des larmes roulent sur ses joues. Elle en a marre. Elle se rend compte qu’il n’y a pas d’issue. Elle est prise au piège. Un putain d’animal en cage. Ses genoux ensanglantés raclent le sol dans un bruit sourd. Elle n’est plus calme, tout bouillonne dans son corps meurtri. Qu’est ce qu’elle fait là ? Elle n’en sait strictement rien et elle ne veut même plus le savoir.
_ Oh Yaël, ma Yaël, tu es si bête que ça ? Tu es dans ta chambre ma grande. Ta chambre dénuée de meubles. J’ai fait ma décoration personnelle, tu aimes ?
Non elle n’aime pas, elle déteste même. Elle n’a rien demandé, pourquoi elle ? Pourquoi elle et pas une autre ? Pourquoi toute seule ?
_ Tu n’es pas seule… Je suis là avec toi, je t’accompagne à chaque mouvement. Au fait, sais-tu ce que j’aime par-dessus tout chez toi ? Ton rictus. Ce petit rictus qui illumine ton visage d’une beauté malsaine. Ce rictus quand tu as peur. Regarde-toi, t’en trembles d’incertitude, tu m’en ferais presque jouir.
Elle est allongée sur le sol glacial. Elle s’est mise à réfléchir. Peut-être l’aime-t-il vraiment… Mais s’il la connait si bien, pourquoi n’a-t-il pas abordé son principal sujet de divertissement ? Ce qu’elle aime vraiment, ce qu’il l’amuse, elle. Ce petit jeu là ne la fait pas rire du tout. Elle est contrariée.
_ Mais si je le sais. Je sais tout de toi. Je sais que depuis que tu as découvert ce rictus, tu aimes t’amuser. Les corps te parlent n’est-ce pas ? Tu aimes faire mal hein, qu’est ce que je t’aime ! T’es une vraie femme ma Yaël, tu oses. Tu oses faire tout haut ce que tout le monde veut tout bas. Sais-tu qu’aimer c’est quelque part imiter ? Aimer c’est admirer, aimer c’est te haïr. Je te hais. Toi et ton talent, toi et ta pureté morbide.
Elle écarquille les yeux, ouvre la bouche. Elle voudrait hurler mais n’y arrive pas. Elle s’enfonce les ongles dans ses cuisses et se mord les lèvres jusqu’au sang. La douleur l’envahit par tous les pores de la peau. Des spasmes la traversent. Elle est en transe.
_ Oh Yaël, je ne sais pas grand-chose d’elle, je sais juste qu’elle aime tuer. Elle y a pris goût. Elle tue, c’est ludique pour elle. Elle aime que le travail soit bien fait, c’est une perfectionniste. Et méthodique en plus de ça.
[…]
Silence. Silence pesant. Yaël se redresse et attache ses longs cheveux couleur ébène. Elle ruisselle de ce liquide rouge. Mais elle ne s’en fait pas, elle va bien. Ce n’est pas le sien. Elle ne sait même pas à qui il appartient, et cela lui importe peu. Trop peu. Elle est satisfaite, elle a mis moins de cinq petites minutes pour lui ôter la vie. Comme c’est facile d’enlever une âme à son corps. Elle se met à fouiller frénétiquement partout sans trop savoir ce qu’elle cherche vraiment. Enfin elle trouve un briquet, allume une cigarette et, ne la fume pas. Yaël se contemple dans le miroir, amaigrie, fatiguée, mais si belle. Elle se trouve terriblement appétissante. En fait, elle a aimé. Elle est déjà tombée amoureuse. Mais ces personnes ne lui ont plus jamais adressé la parole. A chaque fois, plus aucune trace de vie, comme mortes. C’est pour ça que Yaël a décidé de s’aimer à présent. De s’aimer et de mourir pour elle. Elle appuie le bout de sa cigarette sur son bras. Elle sent la brûlure la parcourir. Elle remonte jusqu’à l’épaule droite. Elle joue avec la torture comme elle vient de le faire il y a un instant avec son dernier amant. D’ailleurs, elle s’est encore reproché de trop penser pendant qu’elle tuait. _________________ "J'aurais aimé t'écrire le plus beau des poèmes Et construire un empire juste pour ton sourire....."
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murmuresducoeur Coquelicot aux vers rubis


   Age : 37 Inscrit le : 15 Déc 2007 Messages : 103 Localisation : Paris
| Sujet: Re: Et puis y'a elle. 25/01/08, 10:44 am | |
| Bonjour Le récit est bien mené, j'ai apprécié ce moment de lecture. Merci à toi. Amitiés Zoheïr |
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Pequena Bourgeon emeraude de la rime


   Age : 20 Inscrit le : 24 Jan 2008 Messages : 37 Localisation : Paris
| Sujet: Re: Et puis y'a elle. 26/01/08, 05:03 pm | |
| Et bien un récit très impressionnant et qui me retourne,vraiment bravo,il a réussi à me mener à la petite baguette,tu as pu véhiculer un bon nombre de sensation.
Pequena. |
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