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Piedenlair Tulipe à la rose d'opaline


   Age : 25 Inscrit le : 23 Juin 2006 Messages : 934 Localisation : *NCY **
 | Sujet: J'ai vu la mort... Jeu 03 Avr 2008, 19:04 | |
| En marchant pour entrer dans le camp et ne distinguant pas encore celui-ci, je regarde autour de moi et j'aperçois des barbelés qui entourent certains arbres bien alignés. Des restes d'anciennes "barrières de barbelés" peut-être. Je poursuis mon chemin, accompagné d'élèves assez étonnants, dans le sens qu'ils se montrent globalement très respectueux malgré quelques remarques puériles et inconscientes. Mais l'arrivée soudaine de l'entrée du camp aux regards de ceux-ci changent littéralement les comportements des quelques personnages qui désirent là se charger en indifférence et impassibilité pour paraître virils. En effet, les boiseries épaisses, entrecroisées ainsi que les barbelés mornes entrelacés ne laissent personne indifférent, puis le silence dévoile son pouvoir. A notre gauche, peu avant l'entrée, demeure un petit talus dans lequel fut disposé par les SS les cendres des incinérés. L'atmosphère commence déjà à faire ressentir sa noirceur. L'imposante porte passée, nous observons l'immense monument mémorial situé tout en haut du camps, construit dans les années 80-90 peut-être, je ne cherche pas vraiment à connaître non plus la date exacte de construction. Puis nous poursuivons notre chemin vers la "place d'appel", assez effrayante, notamment par la présence de la corde de pendaison et de son petit pupitre. Il y a également d'autres matériaux présentés, comme un chariot renversé avec de grosses pierres de grès rose, des grosses pinces utilisées par les SS pour déplacer les cadavres, etc. Bref, tout a un tas d'instruments ignobles. Quelques minutes de silence passées et nous descendons interminablement vers les deux baraquements situés tout en contrebas du camp. Sur ma route, j'observe les grandes places vides où demeuraient les "pseudos" dortoirs des déportés du camps. Ces vides manquants sont énormes et surtout nombreux. Cela me poignarde le coeur puisque je m'imagine alors qu'à ces endroits furent installés des baraquements dans lesquels au moins environ 200 à 300 personnes souffraient à l'agonie. Et nous, avec nos manteaux, nos habits chauds, nos ventres ronds et grassouillets, nous voyons ces places vides sans les regarder. Ces baraques se sont effacées artificiellement comme les personnes y demeurant auparavant... A ce moment, je fais une pause dans ma marche, baisse les yeux... c'est dur.
Arrivés aux deux baraquements, alors que même la pente empruntée pour s'y rendre fut longue et fatigante, (il faut préciser que les déportés affamés montaient et descendaient avec des brouettes remplis de grosses pierres de grès) nous nous arrêtons devant un immense fossé... Un élève me questionne alors "C'est quoi ?" ... Je sais ce que c'est mais j'ai du mal à lui répondre. Une boule au ventre, une envie de vomir et mes yeux vitreux font soudainement des siennes. Je lui montre donc d'un geste le panneau définissant cet endroit spécifique du camps. L'élève rétorque alors : " C'est quoi une fosse commune ? ". D'une montée d'adrénaline et d'un pincement violent au coeur, je lui explique. Il est éberlué. J'aime voir cet attachement de ce jeune aux événements passés, même si je sais que cela l'affecte. A nouveau, j'observe une pause devant cette fosse impressionnante par sa profondeur et par les plaques commémoratives qu'une grande croix porte. j m'imagine des corps entassés et des membres éparpillés... Pour mettre fin à ces visions tortueuses, je poursuis ma visite en entrant avec quelques élèves dans le baraquement où se trouve le four crématoire. Mais cela n'arrange pas les choses, cet instrument est effrayant. Il s'agit d'un imposant four noir... une sorte de brancard est sorti de la porte du four avec des chrysanthèmes posés dessus. Il s'agit évidemment de la place où le déporté se trouvait. Mais l'épaisseur du four me laisse alors imaginer que plusieurs personnes pouvaient être mises à l'intérieur de celui-ci, surtout par leur maigreur commune. Un autre brancard sur le côté dévoile des tâches rougeâtres, anciennes, indélébiles, comme l'est ce passé dans mon coeur serré. Un silence intérieur m'atteint lorsque je lis la fin de la description du four posé devant moi : "[...] Enfin, les SS fin 43, peur de l'arrivée soudaine des alliés mais également par manque de munitions, disposaient dans ce four, les déportés morts ou vivants." Gloups... je quitte alors cet endroit pour me diriger vers le couloir où plusieurs pièces sont voisines les unes des autres. Que m'attend-t-il ? Je commence par la première pièce de gauche... je ne vois pas à quoi cette pièce pouvait bien servir, elle est vide. Elle a seulement la particularité de posséder un sol penché vers une petite égoutière qui elle-même se déverse dans un trou. Je me penche donc sur le panneau descriptif et je lis "Pièce à tortures. Les contestataires des ordres donnés par les SS étaient voués à d'innombrables sévices dans ce lieu... l'inclinaison du sol servant pour l'écoulement du sang vers l'extérieur du bâtiment". BON...ok. J'avance, toujours ahuri devant l'inhumanité de ce camps. Une autre pièce, vide, je ne cherche pas à comprendre. Je regarde vers la pièce du fond... Il s'agit de la "pièce expérimentale" où des docteurs allemands tentaient de guérir le typhus et autres maladies (du moins c'est ce qu'ils prétextaient) sur des déportés vivants. Un détail frappant me poignarde à nouveau là... les fissures sur cette table. Celles-ci ne semblant pas être dues à la passivité du temps... A côté de cette pièce, à droite, se trouve deux "couchettes" en bois où semblait être disposés les futurs cobayes des bourreaux nazis (une dizaine de personnes par couchette peut-être...).
Nous ressortons de ce lieu, certains apparement plus touchés que d'autres, un peu tous muets... et nous remontons à petits pas l'immense pente empruntée tout à l'heure. Quelques élèves ont voulus visiter l'autre baraquement... tant pis pour le décompte, moi je ne reste pas là.
Nous entrons dans le musée du Struthof où sont présentés divers choses : création du camp, chronologie de construction, propagande SS, propagande française, lettres, croquis, dessins, bottes, martinets, revolvers, cordes, sifflet, photographies, etc. et tellement d'autres objets. Une heure passe, la visite du musée est achevée et m'a permis d'appuyer encore davantage mon incompréhension et ma haine envers les pratiques des SS.
Nous voilà enfin dans le bus qui roule doucement, nous retournons dans notre petite vie individualiste où la solidarité et le pacifisme sont remis en cause et moi, observant ce camp de plus en plus petit à travers les vitres du bus qui s'éloigne, je pleure en fermant les yeux pour ne pas être vus des élèves... _________________ Elle prend racine dans le pré vert et vient d'honorer Balzac pour son art à gong. Cette femme nommée Vic, courtoise, aux reins beaux, ramasse son marcel aimé puis guide deux mots passants mais la polie n'erre pas plus longtemps et Vic tord Ugo vers l'aine d'un plat ton. Vic crie alors vers le ciel : « Femme, gare aux gueux t'hurlant leur élu art ! ».
http://piedenlair.skyblog.com
Dernière édition par Piedenlair le Lun 21 Avr 2008, 11:53, édité 4 fois |
|  | | maïtala MODERATRICE


   Age : 33 Inscrit le : 05 Déc 2006 Messages : 3391 Localisation : royaume de la poésie
 | Sujet: Re: J'ai vu la mort... Jeu 03 Avr 2008, 19:35 | |
| Pas de mots .. je crois que tu as tout dit Syl ... J'ai lu du premier mot jusqu'au dernier ...
Si tu me le permets ... je déplace ce post dans nouvelle .. tout en y laissant une trace ici .. Histoire que ce soit soit lu tant pas ceux connectés ici que ceux qui ne se connectent pas ?
T'embrasse
Maïtala _________________ Je donne ... On ne me prend rien ... |
|  | | Piedenlair Tulipe à la rose d'opaline


   Age : 25 Inscrit le : 23 Juin 2006 Messages : 934 Localisation : *NCY **
 | Sujet: Re: J'ai vu la mort... Jeu 03 Avr 2008, 19:37 | |
| Pas de problème Cat... Pas de problème.
Je t'embrasse et merci de te lecture, sincèrement.
bisous
syl _________________ Elle prend racine dans le pré vert et vient d'honorer Balzac pour son art à gong. Cette femme nommée Vic, courtoise, aux reins beaux, ramasse son marcel aimé puis guide deux mots passants mais la polie n'erre pas plus longtemps et Vic tord Ugo vers l'aine d'un plat ton. Vic crie alors vers le ciel : « Femme, gare aux gueux t'hurlant leur élu art ! ».
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|  | | maïtala MODERATRICE


   Age : 33 Inscrit le : 05 Déc 2006 Messages : 3391 Localisation : royaume de la poésie
 | Sujet: Re: J'ai vu la mort... Jeu 03 Avr 2008, 19:42 | |
| C'est à moi de te dire merci .... il y a pas plus d'une heure, je sentais mon moral sombrer ... tes mots m'ont rappelé bien des choses quant à la vie et sa valeur .. J'ai habité 11 ans en Alsace, et je n'ai jamais visité cet endroit .. Tu nous permets de voir ... de ressentir avec la simplicité des mots ... Juste envie de dire : tu vois, toi qui craignais l'attitude des jeunes qui t'accompagnaient ... Ils sont avant tout humains ;-)
Je laisse une trace et je le mets sur Nouvelle
Bisous et merci à toi Syl  _________________ Je donne ... On ne me prend rien ... |
|  | | keila Bourgeon emeraude de la rime


   Age : 22 Inscrit le : 22 Mar 2008 Messages : 19 Localisation : paris/nancy Emploi : etudiante Loisirs : musique, lecture, ecriture, sports
 | Sujet: Re: J'ai vu la mort... Jeu 03 Avr 2008, 19:57 | |
| Que repondre a cela... J'ai moi aussi tout lu du debut jusqu'a la fin, j'etais scotchee... Pourtant je sais ces choses. Et pourtant, a chaque fois, ce noeud au ventre et dans la gorge me prend et une larme coule. J'habite moi aussi a Nancy pour mes etudes, et je n'ai jamais visite ce camp. Je trouve ca bien qu'ils en aient fait un musee, et je trouve ca genial d'y emmener tes eleves. La jeunesse a besoin de connaitre ca, de savoir ce passe sombre. Oui, ce sont des hommes qui ont fait ca. Pas des machines, ni des monstres (au sens propre du terme), ce sont des etres humains. Notre espece est capable de ca.... A chaque fois que j'y songe, j'ai cette incomprehension horrible que je ressens, cette contradiction avec tout ce en quoi je crois... Merci Piedenlair pour nous rappeler ce sombre episode de notre histoire... Cela me donne beaucoup de perspective quant a ma vie actuelle et ce que je veux en faire. Merci... _________________ "The meaning of lfe is to give life meaning" Rever pout vivre, vivre pour rever. |
|  | | Gemma MODERATRICE


   Age : 45 Inscrit le : 14 Mai 2007 Messages : 2003 Localisation : à l'Est d'Eden
 | Sujet: Re: J'ai vu la mort... Jeu 03 Avr 2008, 20:51 | |
| Syl, Moi aussi j'ai tout lu avec attention.. et je me suis revue, comme si j'étais à ta place... Tu as su y mettre les mots justes... J'ai ressenti la même chose que toi lors de ma visite, sauf que moi j'ai du courir dehors pour m'empêcher de vomir et me sentais vraiment très mal.. C'est le sommet de l'horreur auquel on est confronté... On se demande comment un être humain peut en arriver à faire subir toutes ces atrocités à un autre être humain... Tu nous as fait partagé il y a quelques temps ta crainte et ta peur quant à la visite de ce camp, merci de nous faire partager maintenant ton ressenti Te fais de gros smacks Gem' _________________ Regarde moi, et dis moi ce que tu vois..... |
|  | | maïtala MODERATRICE


   Age : 33 Inscrit le : 05 Déc 2006 Messages : 3391 Localisation : royaume de la poésie
 | Sujet: Re: J'ai vu la mort... Sam 05 Avr 2008, 23:35 | |
| De tous les films qui m'ait été donné de voir ... il fut celui qui su toucher mon âme ... pour s'y installer et ne jamais en ressortir .... Pas une fois vu sans pleurer ... sans me désoler plus que de désoler autrui
_________________ Je donne ... On ne me prend rien ... |
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