murmuresducoeur Coquelicot aux vers rubis


   Age : 37 Inscrit le : 15 Déc 2007 Messages : 103 Localisation : Paris
| Sujet: Paroles 20/12/07, 06:58 pm | |
| Il était minuit passé et le ciel d'une telle limpidité, qu'il nous semblait pouvoir en cueillir les étoiles rien qu'en levant la main. Ce soir la lune s'était fardée, un éclat argenté suintait de sa face et se déversait sur les minces nuages, les illuminant de beauté; les arbres, qu'un vent léger et agréable rendait espiègles, doucement se dandinaient. Adam se tenait debout, les mains appuyées sur le rebord de la fenêtre; ses yeux cernés déambulaient d'étoile en étoile. Son visage amaigri exhalait une troublante mélancolie. Une silhouette qui passait en bas attira son attention. On était certes en Juin, mais à cette heure tardive , habituellement, il n'y avait personne dehors excepté quelques infortunés qui flirtaient dans un coin avec une bouteille de vin. Il reconnu Natacha, une pauvre malheureuse sans domicile qui traînait souvent ses guenilles, ces derniers temps, dans le quartier. Personne ne savait exactement d'où elle venait. Elle ne disait pas un mot, et vivait recluse dans le plus absolu des silences; même quand des enfants lui jetaient des pierres, pas un cri, pas une larme, juste sa main qui essuyait ses écorchures et elle s'en allait. Ses cheveux en broussaille avaient déteint, comme ses grands yeux clairs que son visage crasseux faisait ressortir. Tout en elle était muet, même son âge était difficile à situer; la majorité des gens penchait pour 35 à 40 ans. Adam avait toujours éprouvé de la honte en la voyant; honte d'appartenir à cette espèce qui, au delà des discours et des promesses, permettait ce genre de tragédie. Ce soir il était très mal, et la vue de Natacha excita son dégoût. Il ouvrit son petit frigo et en sortit quelques yaourts, un camembert et une bouteille de jus de pomme; il mit tout dans un sac, ajouta des fruits et dévala les quatre étages .Il aurait voulu donner plus, faire plus, mais lui même connaissait souvent la faim. Il courut et la rattrapa au bout de l'allée bordée de châtaigniers et de bancs. Il se mit en travers de son chemin et lui demanda de s'asseoir; elle refusa d'un signe de tête et le contourna. Il lui barra de nouveau le passage et lui montra le sac contenant la nourriture .Elle jeta un coup d’œil aux victuailles, regarda furtivement Adam, puis elle alla s'affaisser sur un banc. Adam posa à ses cotés le sac. Elle le mit sur ses genoux, en retira les yaourts qui, étant plutôt liquide, furent bu d'un trait; puis elle racla chaque boite avec ses doigts. Adam avait un haut le cœur en voyant le produit laiteux noircir aux touchers de ses doigts crasseux et finir ensuite sur ses lèvres gercées. Mais bon! S'était Natacha. Et il est déplacé de mettre en avant les règles de la bienséance quand on meurt de faim ! Après avoir dévoré les yaourts, ne laissant que des emballages luisant, comme s'il n'avaient jamais servis, elle fourra sa main au fond de sa poitrine et en retira un morceau de pain; sûrement se l'était elle gardé pour calmer son ventre au plus fort de la faim; mais il y'avait ce satané camembert, onctueux et moelleux à souhait. Au diable les calculs, festoyons et Dieu pourvoira aux lendemains. Elle avait la tête penchée sur le fromage posé sur ses cuisses, et entre les bouchées de pains et de camembert ce fût un rythme infernal. Adam n'apercevait que les miettes glisser par terre et le bruit de ses mâchoires déchaînées. Une fraîcheur commençait à s'insinuer dans les airs; la lune resplendissante glissait vers l'horizon pendant que les nuages venaient lentement l'étreindre dans leur cocon, privant le monde, pour quelques instants, de son éclat. Alors Adam rompît le silence: ----Tu sais Natacha, comme toi je suis très malheureux. Mon cœur me fait atrocement mal, mes yeux sont fatigués à force de pleurer. Natacha se goinfrait, insensible à ses paroles; ce fût sûrement ce qui incita Adam à poursuivre. Il était de nature timide et avait toujours eu des difficultés à parler de ses sentiments. Alors il se lança, il lui parla de Mary, la femme qu'il adorait, qu'il aimait d'un amour insensé. Il lui relata comment ils se connurent sur Internet, et comment ils s'éprirent l'un de l'autre. Il lui raconta leur complicité, leur amour partagé pour l'art. Mais elle était mariée! Lui habitant le Nord et elle le Sud. Il lui parla des nuits qu'ils passaient tous les deux, derrière leurs écrans, à pleurer, malheureux d'être séparés, révoltés contre ce Destin ironique. Des larmes sillonnaient le visage endolori d'Adam durant son récit. Natacha, tête baissée s'empiffrait; elle s'en foutait! Il s'assit à coté d'elle et continua: ----Vois tu Natacha, je n'ai rien à lui offrir: ni maison, ni fortune, ni perles, juste l'espace de mes bras et des mots inventés pour elle. Je l'aime plus que....... Des sanglots l'étouffèrent. Natacha buvait, étrangère! Adam s'épancha pendant presque une heure. Il fut prît de convulsions quand il parla de la maladie de sa bien-aimée Mary. Natacha avait fini depuis un bon moment et restait assise, inerte, comme une poupée de cire poussiéreuse. Les nuages avaient libéré la lune de leur étreinte; des rais de lumière s'infiltraient entre les feuillages. Adam s'était tût, il restait là complètement vidé, abattu, sans force.Natasha se leva pour s'en aller. Mais avant, elle le regarda, ses cordes vocales se denouérent, une plainte vibrant de tendresse et de compassion s'echappa de ses lévres, et une larme coula sur son visage, et puis elle s' en alla, lourdement, le ventre plein. Cette nuit Natasha avait parlé ! Zoheir.
Dernière édition par le 21/12/07, 12:36 pm, édité 1 fois |
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Dyane MODERATRICE


   Age : 101 Inscrit le : 16 Juin 2006 Messages : 6598 Localisation : Au pays des Ducs de Bourgogne
| Sujet: Re: Paroles 21/12/07, 12:19 pm | |
| Zoheir, ce n'est pas sans émotion que je retrouve ce texte. Ce texte et son histoire.....Adam depuis...qu'est il devenu??? A t'il enfin reussi à soignr ses blessures. ?
Bisous mon ami _________________ Toutes les grandes personnes ont d'abord été des enfants, mais peu d'entre elles s'en souviennent. Saint exupéry
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murmuresducoeur Coquelicot aux vers rubis


   Age : 37 Inscrit le : 15 Déc 2007 Messages : 103 Localisation : Paris
| Sujet: Re: Paroles 25/01/08, 10:33 am | |
| Ma chére Dyane merci d'avoir pris le temps de relire ce texte et de l'avoir commenté. Quant aux blessures elles ne guérissent jamais; le temps les panse mais elles restent là, il faut juste apprendre à vivre avec. Encore merci. Amitiés Zoheïr |
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Aline Bourgeon emeraude de la rime


   Age : 31 Inscrit le : 26 Fév 2008 Messages : 18 Localisation : Alsace
| Sujet: Re: Paroles 26/02/08, 02:46 pm | |
| Cet écrit retient toute notre attention... Merci _________________ Ecoute chanter le vent Fermant les yeux au levant Alors La paix reposera en ton être |
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