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Dyane "LA REINE" - Modératrice


   Age : 101 Inscrit le : 16 Juin 2006 Messages : 6697 Localisation : Au pays des Ducs de Bourgogne
 | Sujet: Jacques Prévert Dim 28 Oct 2007, 21:35 | |
| Né avec le siècle à Neuilly-sur-Seine, dans un milieu de petits bourgeois trop dévots, dont il ne cessera de moquer les obsessions et les convenances, Jacques Prévert sera l'aîné des trois enfants qu'auront Suzanne Catusse et André Prévert. Il se passionera dès son plus jeune âge pour la lecture et le spectacle. A 15 ans, après son certificat d'études, il entreprend des petits boulots.
Incorporé en 1920, il rejoint son régiment. Là, il forme un trio d'amis avec "Roro", un garçon boucher d'Orléans, et Yves Tanguy qui sera envoyé peu après en Tunisie. Prévert, quant à lui partira pour Istanbul où il fera la connaissance de Marcel Duhamel. De retour à Paris en 1922, Jacques s'établira au 54, rue du Château qui sera bientôt le point de rencontre du mouvement surréaliste auquel participent Desnos, Malkine, Aragon, Leiris, Artaud sans oublier le chef de file André Breton. Prévert finira par prendre position contre l'autoritarisme du "Maître". Un peu plus tard, il prendra ses distances avec le Parti communiste auquel il n'adhérera jamais.
Sa vie durant, il défendra les faibles, les opprimés, les victimes, avec une générosité bourrue mais toujours discrète. Avec Prévert, un univers à part se crée fuyant l'ordre voulu par Dieu et les "contre-amiraux" (l'une des nombreuses figures sociales qu'il tournait en dérision). En 1933, le groupe de théâtre "Octobre" dont il fait parti, prend part à l'Olympiade du théâtre de Moscou obtenant un premier prix qui ne sera jamais remis...
Depuis lontemps Prévert écrit, participant à des créations collectives, mais de plus en plus, souvent avec son frère Pierre, il produit les scénarios de quelques-uns des sommets poétiques du cinéma français: "Le crime de Monsieur Lange" (1935) pour Jean Renoir, "Quai des brumes" (1935), "Drôle de drame" (1937), " Le jour se lève" (1939), "Les visiteurs du soir" (1941), "Les enfants du paradis" (1944), "Les portes de la nuit" (1946), tous pour Marcel Carné. Enfin, "La bergère et le ramoneur" (1953) sera repris par Paul Grimault pour donner naissance, en 1979, à un dessin animé absolument fantastique intitulé "Le roi et l'oiseau". Ses textes suscitent l'image et ses dialogues sont époustouflants de naturel, de justesse et d'humour. Rayé des contrôles de l'armée en 1939, il quitte Paris l'année suivante et descend vers le sud s'établissant à la Tourette- sur-Loup, où Joseph Kosma, le photographe Trauner et bien d'autres encore le rejoignent pour travailler à des réalisations de films.
Jacques Prévert écrit aussi de fabuleux poèmes en prose qu'il donne à son ami Kosma qui les met en musique pour Agnès Capri, Marianne Oswald, Juliette Gréco, les "Frères Jacques" ou encore Yves Montand pour ne citer que les plus célèbres. Les "Paroles" de Prévert seront réunies pour la première fois en 1945 par René Bertelé. Bien que certains libraires avaient prophétisés que "ça intéressent que quelques jeunes gens de Saint-Germain-des-Prés", l'ouvrage est accueilli comme une immense bouffée d'oxygène dans le climat littéraire d'après la libération et est réédité à 5000 exemplaires dans la semaine suivant le jour de sa publication.
La deuxième guerre mondiale finie, Prévert revient à Paris. Ses poèmes sont sur toutes les lèvres ou dans le pli d'un collage, avec un parfum de bonheur nostalgique et de liberté retrouvée. Prévert restera toute sa vie d'un antimilitarisme à toute épreuve et son pacifisme ne souffrira aucun compromis.
Jacques Prévert s'éteindra auprès de sa femme Janine en 1977 à Omonville la petite.
Bibliographie Paroles (1946) Le Cheval de Trois (1946) Histoires (1946) Contes pour enfants pas sages (1947) Le Petit Lion (1947) Des bêtes (1950) Spectacle (1951) Vignettes pour les vignerons (1951) Grand Bal du printemps (1951) Lettre des îles Baladar (1952) Charmes de Londres (1952) Bim, le petit âne (1952) Guignol (1952) Tour de chant (1953) L’Opéra de lune (1953) La pluie et le beau temps (1955) Lumières d’homme (1955)
Citations de Jacques Prévert "Quand je ne serai plus, ils n'ont pas fini de déconner. Ils me connaîtront mieux que moi-même" Dans chaque église, il y a toujours quelque chose qui cloche. --- Notre Père qui êtes aux cieux Restez-y --- Fort heureusement, chaque réussite est l'échec d'autre chose. --- Il n'y a pas de problème, il n'y a que des professeurs. --- Le temps mène la vie dure à ceux qui veulent le tuer. --- La vie est une cerise La mort est un noyau L'amour un cerisier. --- Mangez sur l'herbe Dépêchez-vous Un jour ou l'autre L'herbe mangera sur vous. --- Bien sûr, des fois, j'ai pensé mettre fin à mes jours, mais je ne savais jamais par lequel commencer.
Filmographie Le Crime de monsieur Lange (1935) Drôle de drame (1937) Quai des brumes (1938) Les Disparus de Saint-Agil (1938) Le Jour se lève (1939) Les Visiteurs du soir (1942) Les Enfants du paradis (1943) Les Portes de la nuit (1945) La Bergère et le ramoneur (1953) Le Roi et l'Oiseau (1980)
Prévert c’est aussi des poèmes en chansons dont les plus connues
[center]Les feuilles mortes (musique: Joseph Kosma, paroles: Jacques Prévert, interprete pour la premiere fois par Yves Montand en 1946) C'est une chanson, qui nous ressemble Toi tu m'aimais et je t'aimais Nous vivions tous, les deux ensemble Toi que m'aimais moi qui t'aimais Mais la vie sépare ceux qui s'aiment Tout doucement sans faire de bruit Et la mer efface sur la sable les pas des amants désunis Oh! je voudrais tant que tu te souviennes Des jours heureux oů nous étions amis En ce temps-la la vie était plus belle, Et le soleil plus brűlant qu'aujourd'hui Les feuilles mortes se ramassent a la pelle Tu vois, je n'ai pas oublié... Les feuilles mortes se ramassent a la pelle, Les souvenirs et les regrets aussi Et le vent du nord les emporte Dans la nuit froide de l'oubli. Tu vois, je n'ai pas oublié La chanson que tu me chantais. C'est une chanson qui nous ressemble Toi, tu m'aimais et je t'aimais Et nous vivions tous deux ensemble Toi qui m'aimais, moi qui t'aimais Mais la vie sépare ceux qui s'aiment Tout doucement, sans faire de bruit Et la mer efface sur le sable Les pas des amants désunis. Les feuilles mortes se ramassent a la pelle, Les souvenirs et les regrets aussi Mais mon amour silencieux et fidele Sourit toujours et remercie la vie Je t'aimais tant, tu étais si jolie, Comment veux-tu que je t'oublie? En ce temps-la, la vie était plus belle Et le soleil plus brűlant qu'aujourd'hui Tu étais ma plus douce amie Mais je n'ai que faire des regrets Et la chanson que tu chantais Toujours, toujours je l'entendrai! C'est une chanson qui nous ressemble Toi, tu m'aimais et je t'aimais Et nous vivions tous deux ensemble Toi qui m'aimais, moi qui t'aimais Mais la vie sépare ceux qui s'aiment Tout doucement, sans faire de bruit Et la mer efface sur le sable Les pas des amants désunis
Chanson pour les enfants l’hiver
Dans la nuit de l’hiver galope un grand homme blanc. C’est un bonhomme de neige avec une pipe en bois, un grand bonhomme de neige poursuivi par le froid.
Il arrive au village. Voyant de la lumière, le voilà rassuré. Dans une petite maison, il entre sans frapper et pour se réchauffer s’assoit sur le poêle rouge et d’un coup disparaît, ne laissant que sa pipe au milieu d’une flaque d’eau, ne laissant que sa pipe et puis son vieux chapeau...
Je déposerai ci-dessous ses textes à découvrir…..Vous l’aurez compris….Il est ma muse…et plus encore. ….Merci à Denis pour l’immense cadeau…nos sourires près de son sourire…en suspension…[/center] _________________ Toutes les grandes personnes ont d'abord été des enfants, mais peu d'entre elles s'en souviennent. Saint exupéry
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|  | | Dyane "LA REINE" - Modératrice


   Age : 101 Inscrit le : 16 Juin 2006 Messages : 6697 Localisation : Au pays des Ducs de Bourgogne
 | Sujet: Re: Jacques Prévert Dim 28 Oct 2007, 22:53 | |
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ça c'est pour ceux qui n'aiment pas les longs textes et préfèrent les images..(hein mon fils!!!)...voici la maison de Prévert et les pancartes qui jalonnent le chemin d'accès à sa maison......je voulais partager cela avec vous bisoussssssssssssssssssss _________________ Toutes les grandes personnes ont d'abord été des enfants, mais peu d'entre elles s'en souviennent. Saint exupéry
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|  | | Alan Etoile d'Argent des mots


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 | Sujet: Re: Jacques Prévert Lun 29 Oct 2007, 11:21 | |
| Me suis jeté sur les images également !!! Un grand Monsieur, certainement, j'ai honte de pas connaitre mais vu sa notoriété auprès des poètes je ne dirais qu'une seule chose... Respect ! Bisousss à toi ma Dyane Alinou _________________ "Si quelquefois je me sens petit, inutile, démoralisé ou dépressif, je n'oublies jamais que j'ai été un jour le plus rapide et le meilleur spermatozoïde de ma bande..." |
|  | | Dyane "LA REINE" - Modératrice


   Age : 101 Inscrit le : 16 Juin 2006 Messages : 6697 Localisation : Au pays des Ducs de Bourgogne
 | Sujet: Re: Jacques Prévert Lun 29 Oct 2007, 14:13 | |
| Bisous mon Alinou....ben vais essayer de te le faire découvrir... J'ai une anecdote à prpos de Prévert......il m'a valu un 18 en Français au bac...sur "Barbara'........et celà grâce à mes grands parents....en effet j'étais partie quelques jours dans le Jura chez mes grands parents. Je passais des journées entières à lire et relire "paroles"...un soir mes grands parents ont désiré que je leur lise les poèmes qui m'accaparaient tant...Je revois encore leurs têtes......et je crois entendre leurs commentaires "mais il est fou, il raconte n'importe quoi et toi t'aime ça????" je partais alors dans des envolées défendant bec et ongles celui que j'admirais. Le jour du bac....l'examinateur m'a accueillie en me disant "mademoiselle vous avez choisi un poème et un auteur que personnellement je n'apprécie pas....alors je vous propose de me convaincre que vous avez fait le bon choix"...je m'étais préparée à tout mais pas à celà !......J'ai récité barbara que je connaissais par coeur....puis j'ai parlé de Prévert, de l'auteur, de l'homme. Quand j'ai eu fini......le prof m'a dit..."j'aimerais qu'un jour, on parle de moi avec tant de passion"....un peu plus tard j'ai découvert mon 18 !..Etait ce la qualité de mon intervention, ma passion......je ne le saurai jamais, j'espère juste lui voir transmis un peu de cet amour là....alors Alinou accroche toi....bisoussssssssssssssssssss _________________ Toutes les grandes personnes ont d'abord été des enfants, mais peu d'entre elles s'en souviennent. Saint exupéry
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Dernière édition par le Lun 29 Oct 2007, 23:05, édité 1 fois |
|  | | Invité Invité
 | Sujet: Re: Jacques Prévert Lun 29 Oct 2007, 22:49 | |
| J'en sais déjà un peu plus sur cet immense poéte et sur ses engagements.
Vu la façon dont tu en parle je peut immagier ton émotion devant sa tombe, sa maison...
Une sorte de pélerinage pour toi (et j'en connais en matiére de pelerinage ! lol)
Une pensé pour Jacques Prevert...
Bisous tendre, |
|  | | Dyane "LA REINE" - Modératrice


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 | Sujet: Cet amour Mar 30 Oct 2007, 22:39 | |
| Cet Amour Cet amour Si violent Si fragile Si tendre Si désespéré Cet amour Beau comme le jour Et mauvais comme le temps Quand le temps est mauvais Cet amour si vrai Cet amour si beau Si heureux Si joyeux Et si dérisoire Tremblant de peur comme un enfant dans le noir Et si sûr de lui Comme un homme tranquille au milieu de la nuit Cet amour qui faisait peur aux autres Qui les faisait parler Qui les faisait blémir Cet amour guetté Parce que nous le guettions Traqué blessé piétiné achevé nié oublié Parce que nous l'avons traqué blessé piétiné achevé nié oublié Cet amour tout entier Si vivant encore Et tout ensoleillé C'est le tien C'est le mien Celui qui a été Cette chose toujours nouvelles Et qui n'a pas changé Aussi vraie qu'une plante Aussi tremblante qu'un oiseau Aussi chaude aussi vivante que l'été Nous pouvons tous les deux Aller et revenir Nous pouvons oublier Et puis nous rendormir Nous réveiller souffrir vieillir Nous endormir encore Rêver à la mort Nous éveiller sourire et rire Et rajeunir Notre amour reste là Têtu comme une bourrique Vivant comme le désir Cruel comme la mémoire Bête comme les regrets Tendre comme le souvenir Froid comme le marbre Beau comme le jour Fragile comme un enfant Il nous regarde en souriant Et il nous parle sans rien dire Et moi j'écoute en tremblant Et je crie Je crie pour toi Je crie pour moi Je te supplie Pour toi pour moi et pour tous ceux qui s'aiment Et qui se sont aimés Oui je lui crie Pour toi pour moi et pour tous les autres Que je ne connais pas Reste là Là où tu es Là où tu étais autrefois Reste là Ne bouge pas Ne t'en va pas Nous qui sommes aimés Nous t'avons oublié Toi ne nous oublie pas Nous n'avions que toi sur la terre Ne nous laisse pas devenir froids Beaucoup plus loin toujours Et n'importe où Donne-nous signe de vie Beaucoup plus tard au coin d'un bois Dans la forêt de la mémoire Surgis soudain Tends-nous la main Et sauve-nous. _________________ Toutes les grandes personnes ont d'abord été des enfants, mais peu d'entre elles s'en souviennent. Saint exupéry
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|  | | Dyane "LA REINE" - Modératrice


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 | Sujet: Re: Jacques Prévert Mar 30 Oct 2007, 22:52 | |
| JE SUIS COMME JE SUIS
Je suis comme je suis Je suis faite comme ça Quand j'ai envie de rire Oui je ris aux éclats J'aime celui qui m'aime Est-ce ma faute à moi Si ce n'est pas le même Que j'aime chaque fois Je suis comme je suis Je suis faite comme ça Que voulez-vous de plus Que voulez-vous de moi
Je suis faite pour plaire Et n'y puis rien changer Mes talons sont trop hauts Ma taille trop cambrée Mes seins beaucoup trop durs Et mes yeux trop cernés Et puis après Qu'est-ce que ça peut vous faire Je suis comme je suis Je plais à qui je plais
Qu'est-ce que ça peut vous faire Ce qui m'est arrivé Oui j'ai aimé quelqu'un Oui quelqu'un m'a aimée Comme les enfants qui s'aiment Simplement savent aimer Aimer aimer... Pourquoi me questionner Je suis là pour vous plaire Et n'y puis rien changer.
BARBARA
Rappelle-toi Barbara Il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour-là Et tu marchais souriante Épanouie, ravie, ruisselante Sous la pluie Rappelle-toi Barbara Il pleuvait sans cesse sur Brest Et je t’ai croisé rue de Siam Tu souriais Et moi je souriais de même Rappelle-toi Barbara Toi que je ne connaissais pas Toi qui ne me connaissais pas Rappelle-toi Rappelle-toi quand même ce jour-là N’oublie pas Un homme sous un porche s’abritait Et il a crié ton nom Barbara Et tu as couru vers lui sous la pluie Ruisselante, ravie, épanouie Et tu t’es jetée dans ses bras Rappelle-toi cela Barbara Et ne m’en veux pas si je te tutoie Je dis tu à tous ceux que j’aime Même si je ne les ai vu qu’une seule fois Je dis tu à tous ceux qui s’aiment Même si je ne les connais pas Rappelle-toi Barbara N’oublie pas Cette pluie sage et heureuse Sur ton visage heureux Sur cette ville heureuse Cette pluie sur la mer Sur l’arsenal Sur le bateau d’Ouessant Oh Barbara Quelle connerie la guerre Qu’es-tu devenue maintenant Sous cette pluie de fer De feu d’acier de sang Et celui qui te serrait dans ses bras Amoureusement Est-il mort disparu ou encore vivant Oh Barbara Il pleut sans cesse sur Brest Comme il pleuvait avant Mais ce n’est plus pareil et tout est abîmé C’est une pluie de deuil, terrible et désolée Ce n’est même plus l’orage De fer d’acier et de sang Tout simplement des nuages Qui crèvent comme des chiens Des chiens qui disparaissent Au fil de l’eau sur Brest Et vont pourrir au loin Au loin, très loin de Brest Dont il ne reste rien.
DANS MA MAISON
Dans ma maison vous viendrez D'ailleurs ce n'est pas ma maison Je ne sais pas à qui elle est Je suis entré comme ça un jour Il n'y avait personne Seulement des piments rouges accrochés au mur blanc Je suis resté longtemps dans cette maison Personne n'est venu Mais tous les jours et tous les jours Je vous ai attendu
Je ne faisais rien C'est-à-dire rien de sérieux Quelque fois le matin Je poussais des cris d'animaux Je gueulais comme un âne De toute mes forces Et cela me faisait plaisir Et puis je jouais avec mes pieds C'est très intelligent les pieds Ils vous emmènent très loin Quand vous voulez aller très loin Et puis quand vous ne voulez pas sortir Ils restent là ils vous tiennent compagnie Et quand il y a de la musique ils dansent On ne peut pas danser sans eux Il faut être bête comme l'homme l'est souvent Pour dire des choses aussi bêtes Que bête comme ses pied gai comme un pinson Le pinson n'est pas gai Il est seulement gai quand il est gai Et triste quand il est triste ou ni gai ni triste Est-ce qu'on sait ce que c'est un pinson D'ailleurs il ne s'appelle pas réellement comme ça C'est l'homme qui a appelé cet oiseau comme ça Pinson pinson pinson pinson
Comme c'est curieux les noms Martin Hugo de son prénom Bonaparte Napoléon de son prénom Pourquoi comme ça et pas comme ça Un troupeau de Bonapartes passe dans le désert L'empereur s'appelle Dromadaire Il a un cheval caisse et des tiroirs de course Au loin galope un homme qui n'a que trois prénoms Il s'appelle Tim-Tam-Tom et n'a pas de grand nom Un peu plus loin encore il y a n'importe quoi Et puis qu'est-ce que ça peut faire tout ça
Dans ma maison tu viendras Je pense à autre chose mais je ne pense qu'à ça Et quand tu seras entrée dans ma maison Tu enlèveras tous tes vêtements Et tu resteras immobile nue debout avec ta bouche rouge Comme les piments rouges pendus sur le mur blanc Et puis tu te coucheras et je me coucherais près de toi Voilà Dans ma maison qui n'est pas ma maison tu viendras.
LA PÊCHE À LA BALEINE
À la pêche à la baleine, à la pêche à la baleine, Disait le père d'une voix courroucée À son fils Prosper, sous l'armoire allongé, À la pêche à la baleine, à la pêche à la baleine, Tu ne veux pas aller, Et pourquoi donc ? Et pourquoi donc que j'irais pêcher une bête Qui ne m'a rien fait, papa, Va la pêpé, va la pêcher toi-même, Puisque ça te plaît, J'aime mieux rester à la maison avec ma pauvre mère Et le cousin Gaston. Alors dans sa baleinière le père tout seul s'en est allé Sur la mer démontée... Voilà le père sur la mer, Voilà le fils à la maison, Voilà la baleine en colère, Et voilà le cousin Gaston qui renverse la soupière, La soupière au bouillon. La mer était mauvaise, La soupe était bonne. Et voilà sur sa chaise Prosper qui se désole : À la pêche à la baleine, je ne suis pas allé, Et pourquoi donc que j'y ai pas été ? Peut-être qu'on l'aurait attrapée, Alors j'aurais pu en manger. Mais voilà la porte qui s'ouvre, et ruisselant d'eau Le père apparaît hors d'haleine, Tenant la baleine sur son dos. Il jette l'animal sur la table, une belle baleine aux yeux bleus, Une bête comme on en voit peu, Et dit d'une voix lamentable : Dépêchez-vous de la dépecer, J'ai faim, j'ai soif, je veux manger. Mais voilà Prosper qui se lève, Regardant son père dans le blanc des yeux, Dans le blanc des yeux bleus de son père, Bleus comme ceux de la baleine aux yeux bleus : Et pourquoi donc je dépècerais une pauvre bête qui m'a rien fait ? Tant pis, j'abandonne ma part. Puis il jette le couteau par terre, Mais la baleine s'en empare, et se précipitant sur le père Elle le transperce de père en part. Ah, ah, dit le cousin Gaston, On me rappelle la chasse, la chasse aux papillons. Et voilà Voilà Prosper qui prépare les faire-part, La mère qui prend le deuil de son pauvre mari Et la baleine, la larme à l'oeil contemplant le foyer détruit. Soudain elle s'écrie : Et pourquoi donc j'ai tué ce pauvre imbécile, Maintenant les autres vont me pourchasser en moto-godille Et puis ils vont exterminer toute ma petite famille. Alors éclatant d'un rire inquiétant, Elle se dirige vers la porte et dit À la veuve en passant : Madame, si quelqu'un vient me demander, Soyez aimable et répondez : La baleine est sortie, Asseyez-vous, Attendez là, Dans une quinzaine d'années, sans doute elle reviendra...
ÉTRANGES ÉTRANGERS
Kabyles de la Chapelle et des quais de Javel hommes de pays loin cobayes des colonies doux petits musiciens soleils adolescents de la porte d'Italie Boumians de la porte de Saint-Ouen Apatrides d'Aubervilliers brûleurs des grandes ordures de la ville de Paris ébouillanteurs des bêtes trouvées mortes sur pied au beau milieu des rues Tunisiens de Grenelle embauchés débauchés manoeuvres désoeuvrés Polaks du Marais du Temple des Rosiers Cordonniers de Cordoue soutiers de Barcelone pêcheurs des Beléares ou du cap Finistère rescapés de Franco et déportés de France et de Navarre pour avoir défendu en souvenir de la vôtre la liberté des autres Esclaves noirs de Frejus tiraillés et parqués au bord d'une petite mer où peu vous vous baihnez Esclaves noirs de Fréjus qui évoques chaque soir dans les locaux disciplinaires avec une vieille boite de cigares et quelques bouts de fil de fer tous les échos de vos villages tous les oiseaux de vos forêts et ne venez dans la capitale que pour fêter au pas cadencé la prise de la Bastille le quatorze juillet Enfants du Sénégal départriés expatriés et naturalisés Enfants indochinois jongleurs aux innocents couteaux qui vendiez autrefois aux terrasses des cafés de jolis dragons d'or faits de papier plié Enfants trop tôt grandis et si vite en allés qui dormez aujourd'hui de retour au pays le visage dans la terre et des hommes incendiaires labourant vos rizières On vous a renvoyé la monnaie de vos papiers dorés on vous a retourné vos petits couteaux dans le dos Étranges étrangers Vous êtes de la ville vous êtes de sa vie même si mal en vivez même si vous en mourez .
(La pluie et le beau temps - Gallimard - 1955)
UN BEAU MATIN
Il n'avait peur de personne Il n'avait peur de rien Mais un matin un beau matin Il croit voir quelque chose Mais il dit Ce n'est rien Et il avait raison Avec sa raison sans nul doute Ce n' était rien Mais le matin ce même matin Il croit entendre quelqu'un Et il ouvrit la porte Et il la referma en disant Personne Et il avait raison Avec sa raison sans nul doute Il n'y avait personne Mais soudain il eut peur Et il comprit qu'Il était seul Mais qu'Il n'était pas tout seul Et c'est alors qu'il vit Rien en personne devant lui
(Histoires)
PAGE D'ÉCRITURE
Deux et deux quatre quatre et quatre huit huit et huit font seize... Répétez! dit le maître Deux et deux quatre quatre et quatre huit huit et huit font seize. Mais voilà l'oiseau-lyre qui passe dans le ciel l'enfant le voit l'enfant l'entend l'enfant l'appelle: Sauve-moi Joue avec moi oiseau! Alors l'oiseau descend et joue avec l'enfant Deux et deux quatre... Répétez! dit le maître et l'enfant joue l'oiseau joue avec lui... Quatre et quatre huit huit et huit font seize et seize et seize qu'est-ce qu'ils font ? Ils ne font rien seize et seize et surtout pas trente deux de toute façon et ils s'en vont. Et l'enfant a caché l'oiseau dans son pupitre et tous les enfants entendent sa chanson et tous les enfants entendent la musique et huit et huit à leur tour s'en vont et quatre et quatre et deux et deux à leur tour fiche le camp et un et un ne font ni une ni deux un à un s'en vont également. Et l'oiseau-lyre joue et l'enfant chante et le professeur crie: Quand vous aurez fini de faire le pitre !
Mais tous les autres enfants écoutent la musique et les murs de la classe s'écoulent tranquillement. Et les vitres redeviennent sable L'encre redevient eau Les pupitres redeviennent arbres La craie redevient falaise Le porte-plume redevient oiseau
ET DIEU CHASSA ADAM
Et Dieu chassa Adam à coups de canne à sucre Et ce fut le premier rhum sur la terre È Eve trébuchèrent dans les vignes du Seigneur la sainte Trinité les traquait mais ils s'obstinaient à chanter d'une enfantine voix d'alphabet Dieu et dieu quatre Dieu et Dieu quatre Et la sainte Trinité pleurait Sur le triangle isocèle et sacré un biangle isopoivre brillait et l'éclipsait.
(D'autres histoires)
CHANSON DE LA SEINE
La Seine a de la chance Elle n'a pas de souci Elle se la coule douce Le jour comme la nuit Et elle sort de sa source Tout doucement, sans bruit, sans sortir de son lit Et sans se faire de mousse Elle s'en va vers la mer En passant par Paris. La Seine a de la chance Elle n'a pas de souci Et quand elle se promène Tout au long de ses quais Avec sa belle robe verte et ses lumières dorées Notre-Dame jalouse, immobile et sévère De haut de toutes ses pierres La regarde de travers Mais la Seine s'en balance Elle n'a pas de souci Elle se la coule douce Le jour comme la nuit Et s'en va vers le Havre, et s'en va vers la mer En passant comme un rêve Au milieu des mystères _________________ Toutes les grandes personnes ont d'abord été des enfants, mais peu d'entre elles s'en souviennent. Saint exupéry
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|  | | Dyane "LA REINE" - Modératrice


   Age : 101 Inscrit le : 16 Juin 2006 Messages : 6697 Localisation : Au pays des Ducs de Bourgogne
 | Sujet: Re: Jacques Prévert Mar 30 Oct 2007, 23:01 | |
| Voilà.....tout n'est pas ici bien sûr.....j'espère juste vos avoir donné envie d'aller à la rencontre de Prévert.....Je vous souhaite d'en éprouver autant de plaisir que moi Je vous embrasse _________________ Toutes les grandes personnes ont d'abord été des enfants, mais peu d'entre elles s'en souviennent. Saint exupéry
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|  | | Dyane "LA REINE" - Modératrice


   Age : 101 Inscrit le : 16 Juin 2006 Messages : 6697 Localisation : Au pays des Ducs de Bourgogne
 | |  | | Piedenlair Tulipe à la rose d'opaline


   Age : 25 Inscrit le : 23 Juin 2006 Messages : 934 Localisation : *NCY **
 | Sujet: Re: Jacques Prévert Mer 31 Oct 2007, 11:30 | |
| Je suis amoureux de cet homme...
merci Dyane....
"Paroles" et "Histoires" sont des bibles pour moi...
 _________________ Elle prend racine dans le pré vert et vient d'honorer Balzac pour son art à gong. Cette femme nommée Vic, courtoise, aux reins beaux, ramasse son marcel aimé puis guide deux mots passants mais la polie n'erre pas plus longtemps et Vic tord Ugo vers l'aine d'un plat ton. Vic crie alors vers le ciel : « Femme, gare aux gueux t'hurlant leur élu art ! ».
http://piedenlair.skyblog.com |
|  | | opium Tulipe à la rose d'opaline


Inscrit le : 15 Juin 2006 Messages : 988
 | Sujet: Re: Jacques Prévert Jeu 01 Nov 2007, 00:11 | |
| Moi, à part les textes que j'ai lu en primaire, je ne connaissais pas plus Prévert.Merci de me l'avoir fait découvrir.J'ai aimé presque tous les textes sauf peut-être celui de la baleine qui ne m'a pas interpelé. Effectivement on ressent un peu la même fréquence dans ton écriture, un arrêt sur image sur ce qui nous échappe. Bisous et merci de ce partage... |
|  | | edutilos "LA VIGIE" Modérateur


   Age : 49 Inscrit le : 16 Juin 2006 Messages : 1695 Localisation : sens Loisirs : regarder ce qui est beau
 | Sujet: Re: Jacques Prévert Dim 04 Nov 2007, 13:55 | |
| un petit passage pour deposer ce poéme qui est un de mes preferés avec le cancre et bien d'autres
Pour faire le portrait d'un oiseau
Peindre d'abord une cage
avec une porte ouverte
peindre ensuite
quelque chose de joli
quelque chose de simple
quelque chose de beau
quelque chose d'utile
pour l'oiseau
placer ensuite la toile contre un arbre
dans un jardin
dans un bois
ou dans une forêt
se cacher derrière l'arbre
sans rien dire
sans bouger ...
Parfois l'oiseau arrive vite
mais il peut aussi bien mettre de longues années
avant de se décider
Ne pas se décourager
attendre
attendre s'il le faut pendant des années
la vitesse ou la lenteur de l'arrivée de l'oiseau
n'ayant aucun rapport
avec la réussite du tableau
Quand l'oiseau arrive
s'il arrive
observer le plus profond silence
attendre que l'oiseau entre dans la cage
et quand il est entré
fermer doucement la porte avec le pinceau
puis
effacer un à un tous les barreaux
en ayant soin de ne toucher aucune des plumes de l'oiseau
Faire ensuite le portrait de l'arbre
en choisissant la plus belle de ses branches
pour l'oiseau
peindre aussi le vert feuillage et la fraîcheur du vent
la poussière du soleil
et le bruit des bêtes de l'herbe dans la chaleur de l'été
et puis attendre que l'oiseau se décide à chanter
Si l'oiseau ne chante pas
c'est mauvais signe
signe que le tableau est mauvais
mais s'il chante c'est bon signe
signe que vous pouvez signer
Alors vous arrachez tout doucement
une des plumes de l'oiseau
et vous écrivez votre nom dans un coin du tableau
bisous
_________________ être soi même et en faire don
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|  | | Invité Invité
 | Sujet: Re: Jacques Prévert Dim 04 Nov 2007, 19:34 | |
| Il est simplement magnifique ce poeme sur l'oiseau Denis, merci de me permettre de le lire !
Bises |
|  | | Gemma MODERATRICE


   Age : 45 Inscrit le : 14 Mai 2007 Messages : 2003 Localisation : à l'Est d'Eden
 | Sujet: Re: Jacques Prévert Dim 04 Nov 2007, 21:15 | |
| oh ben Prévert est la référence auprès des écoles quand je vois les poésies que ma fille doit apprendre me rappelle moi sur les bancs de l'école..... Prévert reste Prévert, la magie de ses mots ne s'est en rien ternie... J'ai toujours aimé ce côté bon enfant que j'ai pu retrouver dans ses textes....
un grand monsieur devant lequel je m'incline également  _________________ Regarde moi, et dis moi ce que tu vois..... |
|  | | wilmet Coquelicot aux vers rubis


   Age : 60 Inscrit le : 07 Avr 2008 Messages : 165 Localisation : ARDENNES Emploi : M'OCCUPËR DES AUTRES Loisirs : M'OCCUPER DE MOI... ET DES AUTRES !
 | Sujet: Re: Jacques Prévert Ven 18 Avr 2008, 19:48 | |
| Merci pour tous ces textes de Prévert. Un auteur dans lequel j'ai toujours azimé me vautrer et vers lequel je reviens régulièrement. Je te remercie, Dyane de ne pas avoir oublié ma Barbara.... Mais tous me plaisent bien. J'y j'en avais le courage, je mettrais bien "Crosse en l'Air", et quelques autres textes que je mettraide toute façon un jour ou l'autre. Je ne peux pas le lire sans avoir envie d'écrire. La suite ou tous les rayons de soleil que j'arrive à capturer entre ses lignes. _________________ "Tout est affaire de décor Changer de lit changer de corps...." ... quand je regarde les autres, c'est moi que je vois encore et quand je me regarde, c'est les autres que je vois. |
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